Conseil du 27 mars 2026 – Intervention de Frédéric Puzin

Avant de procéder à l’appel des candidatures pour le poste de maire, je voudrais dire quelques mots, même si cette tradition républicaine s’est étiolée à Sèvres.

En tant que doyen d’âge, à mon corps défendant, je tiens d’abord à vous féliciter toutes et tous pour votre engagement à servir notre Ville et ses habitants pour les 7 années qui viennent.

Les campagnes électorales sont longues. Les équipes se forment et travaillent et gagnent ou perdent les élections. Le succès doit être célébré. La défaite est inhérente au fait de se présenter à une élection. Elle n’est jamais inutile et permet de relativiser certaines certitudes. C’est un expert qui vous en parle puisque j’ai perdu toutes les élections auxquelles je me suis présenté.

En 1983, j’étais élu conseiller municipal de Sèvres. Pour mémoire en 1983, 25 hommes et 10 femmes étaient élu.e.s.

Le premier texte sur la parité dans les conseils municipaux était porté par Lionel Jospin en 2000.

Une importante réforme a été décidée pour ces élections. Le préfet pouvait avant cette réforme de 1983 retirer a priori des délibérations du conseil municipal, les annuler quelques fois abruptement, l’État était omniprésent.

Il fallait redonner du pouvoir aux communes et à leurs maires, reprendre le pouvoir communal.

Le contrôle devenait alors a posteriori et si des mauvaises décisions légales étaient prises, l’État devait les respecter si elles étaient conformes à la loi.

C’est un contrôle de légalité et non une approbation préalable

Il n’y a pas eu que de bonnes choses, aucune réelle réflexion n’a été engagée sur l’empilement des strates, la région devenait alors une assemblée légitime. Commune, région, départements, intercommunalités, métropole, syndicats intercommunaux. Toutes ces strates brouillent et diluent les responsabilités.

Une commune survit toujours par son nom, son histoire, et par un sentiment d’attachement à un territoire. Région, intercommunalité, cantons, métropole, ces territoires sont territorialement instables, ils voient leur périmètre évoluer constamment. Il n’y a pas de société d’histoire locale des interco, des régions. Elles n’ont pas de mémoire et pas de sentiment d’appartenance.

L’appartenance communale est une base d’une identité ouverte et inclusive.

La vie d’un élu n’est pas d’une simplicité absolue. Élu de base, il est difficile d’avoir une vue globale de la commune. Vous recevrez quelques fois par an des dossiers de 1000 pages PDF pour vous informer courtoisement des décisions prises à GPSO. Aucune information du conseil départemental aux élus locaux sur ses actions à Sèvres, vous serez informés incidemment de travaux majeurs sur la Ville, décidés ailleurs, validés ailleurs et ne réclamant de ce fait aucune participation des élu.e.s municipaux.

Nous devrons être vigilants sur des pertes d’indépendance, de responsabilités de proximité, rarement comprises sinon connues par nos concitoyens.

Seul le Maire, représentant la commune, peut encore défendre la cohérence de celle-ci en siégeant dans de multiples collectivités territoriales qui nous ont retiré une à une des parcelles d’autonomie.

Le Maire et ses adjoints sont officiers d’État civil et officiers de police judiciaire, ayant seuls le droit de porter une écharpe tricolore au sein des collectivités locales, ce qui n’est pas le cas de multiples autres postes électifs où les fausses écharpes fleurissent, je pense aux régions, aux départements qui n’ont aucun droit de se draper dans le drapeau français. Ces manquements sont significatifs d’un état d’esprit qui tend à confondre toutes les collectivités territoriales alors que la commune possède une spécificité décisive que nous devons défendre et célébrer.

En 1983 encore, les minorités ont pu pleinement siéger dans les conseils municipaux des villes. Le scrutin est devenu mi-proportionnel, mi majoritaire. Une petite moitié est élue à la proportionnelle et une part majoritaire de 50% des sièges est attribuée au premier. La récente réforme du mode de scrutin PLM a baissé pour Paris Lyon et Marseille cette prime à 25% des sièges ce qui aurait offert 22 sièges sur 35 à la liste victorieuse. 8 à liste de M. Moron et 5 à nous-mêmes. On peut toujours rêver.

Ce qui est le plus notable dans les mandats que j’ai effectués au-delà de la courtoisie, voire de la sympathie qu’on peut ressentir pour les élus des autres listes, c’est la vitrification des attitudes et des votes dans les conseils municipaux où qu’ils soient. Le conseil n’est pas vraiment l’occasion de débats mais plutôt de monologues des maires et des minorités même si à Sèvres, saluons-le, la logorrhée n’est pas coutumière, hormis la mienne.

Les majorités ayant du mal à revoir des décisions unilatérales même contestables et les minorités tiraillées entre le fait d’accuser le maire de ne pas accomplir ses promesses électorales et le fait que, de toutes les façons, elles comptent bien les combattre.

On parle de démocratie, de village, de débats etc. mais ceux-ci s’arrêtent dès l’élection, les nominations dans différents organismes en souffrant souvent. Il manque d’études sur le fonctionnement des majorités mais les plus récentes laissent constater le hors-jeu des minorités et la reproduction, en pire dans les municipalités, du sort fait au parlement dans la cinquième république quand la majorité est acquise.

Je pense que la connaissance partagée est toujours le meilleur moyen de déconflictualiser certains projets et de leur permettre d’aboutir sereinement. Le doute, la prudence et l’incertitude sont des éléments indispensables à l’exercice démocratique.

Pour autant nous sommes tous perfectibles, toutes et tous dévoués au bien-être des sévriennes et sévriens, à leur sécurité, à leurs mobilités, aux moyens dont ils disposent pour vivre pleinement, et pour veiller à leurs familles.

Nous ne sommes pas complètement représentatifs de l’ensemble de la population, ce qui peut expliquer qu’on arrive à se contenter de résultats médiocres de participation. N’oublions pas qu’une partie significative de la population n’a pas le droit de vote aux élections locales, travaillant et payant ses impôts. Ce serait un vrai levier démocratique de permettre à celles et ceux qui vivent ici de profiter du processus de décision.

Je souhaite le meilleur à la majorité comme aux minorités, je suis sûr que nous ferons toutes et tous de notre mieux pour mériter la confiance des sévriennes et sévriens et agirons sans calculs et arrière-pensées pour le bien de la Ville.

Je vous remercie

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